GENÈSE

JULIEN ALBERTINI
writer, visual artist(E) and photographer
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LE FLUX ET LE REFUS
tome 1 - première partie

QUATRIÈME DE COUVERTURE

— J’avais 3 ans, elle 31. C'était le jour de son anniversaire, le 3 ou 4 septembre, elle ne saura jamais, ses parents ont toujours été vagues à ce sujet. L'état civil indique le 3 avec pour prénom Vincente, mais pour moi c'est Éliane. Encore une fantaisie de ses géniteurs qui l'ont appelé par son second prénom durant toute sa prime enfance. Très tôt ça n'a plus été maman. Mes mamans, je te l'ai déjà dit, ce sont pour : « Les gens qui écrivent savent que les formulent viennent et qu'on y renonce pas. » Françoise. Et pour : « Il faudrait pouvoir écrire avec le sang de son cœur et la bile de son foie, le tout pour faire plus mal encore. Car il est des heures où l'homme est comme un somnambule qui court sur les toits. Si on crie pour l'avertir, on le fait tomber un peu plus vite. » George. Sans oublier : « Combien de lumières éteintes dans l’histoire parce que la noblesse a voulu être le seul flambeau et la seule histoire des siècles écoulés ! Échappez à l’oubli, vous tous qui avez autre chose en l’esprit que la notion bornée du présent isolé. Écrivez votre histoire, vous tous qui avez compris votre vie et sondé votre cœur. Ce n’est pas à autres fins que j’écris la mienne et que je vais raconter celle de mes parents. » Et pour papa ? Je l'ai très tôt appelé Charly avec un ‘y’ et il a adoré. C’était mon dieu. À présent aussi j'ai choisi. Pour : « Je suis une force qui va. » Et : « La forme c'est le fond qui remonte à la surface. » Bien sûr, Victor. L'autre : « Vos dix mille premières photos sont vos pires. » Henri avec un ‘i’. Elle était en colère contre mon père. Sûrement pour des aventures peu glorieuses. « J'aime les femmes. » M’avait-il-dit un jour. Si j'avais été plus âgé je lui aurais répondu : « T'es un queutard pauvre homme. » On n'a jamais trop voulu me raconter ce qui c'était passé. Il a fallu que je devine.
— Vraiment ?!
— Oui. C’était son anniversaire, elle était en voiture avec un homme et ce jour là il pleuvait. Lui avait l'habitude de conduire comme aux 24h du Mans. Il a sûrement dû tenter l'expérience avec un tracteur ; c'est comme ça qu'il est mort, écrasé, deux ans après l'accident. Elle n'a même pas dû avoir le temps de s'envoyer en l'air avec lui. Verdict, le fémur droit coupé en douze, elle ne peut plus bouger les doigts de pied de la même jambe, traumatisme crânien, et cerise sur le gâteau, on lui découvre une fêlure au poignet alors qu'elle marche avec des béquilles depuis déjà deux mois : « Bon madame, je vous fais une ordonnance parce que vous vous plaignez, mais vous n’avez rien. » Il y a aussi quelques marques au visage, mais qui disparaîtront très vite. Elle m’a réclamé. Il m’a amené la voir quand elle était encore à l’hôpital. Elle était sûrement chargée à bloc, un sourire extatique, la jambe pendue en l’air rafistolée avec des sortes d’agrafes, un souvenir de boucherie. Comme elle, comme sa mère, je suis et mon plus jeune fils aussi. On encaisse plutôt bien, mais on l'a à travers la gorge tout le temps. Des femmes fortes, mais on ne peut pas dire qu'elles aient été intelligentes. C'est bien beau de se prendre des coups et de se relever, l'aigreur peut gagner à se prendre trop au sérieux. Passer à autre chose. La joie. Avec ce qu'il faut de violence.
— Et tu lui a envoyé ça. Mais tu es fou Julien.
— Elle était grande, elle était blonde. Mais attention Titouane, Helen pas à son meilleur âge avec le cuisinier en 89. Plus jeune.

I THINK YOU'RE A WEAPON


“You have no clue what you are dealing with, do you?”
Sam Shepard

Jeff Nichols - Midnight Special (2016)

ALICE S'ENFONCE JUSQU'À L'OS

PIM LE CHAT (1/1)
« Dans son regard absent et son iris absinthe
Tandis que Marilou s'amuse à faire des volutes de sèches au menthol
Entre deux bulles de comic strip
Tout en jouant avec le zip de ses ‘Levi's’
Je lis le vice et je pense à Carol Lewis

Dans son regard absent et son iris absinthe
Tandis que Marilou s'évertue à faire des volutes de sèches au menthol
Entre deux bulles de comic strip
Tout en jouant avec son zip
À entrebâiller ses ‘Levi's’

Dans son regard absent et son iris absinthe dis je
Je lis le vice de baby doll
Et je pense à Lewis Carroll
Dans son regard absent et son iris absinthe
Quand crachent les enceintes de la sono lançant
À cor de cartes et de quintes
Tandis que Marilou s'esquinte
La santé, s'éreinte
À s'envoyer en l'air

Lorsqu'en un songe absurde Marilou se résorbe
Que son coma l'absorbe en pratiques obscures
Sa pupille est absente, et son iris absinthe
Sous ses gestes se teintent extases sous jacentes

À son regard le vice donne un coté salace
Un peu du bleu lavasse de sa paire de ‘Levi's’
Tandis qu'elle exhale un soupir au menthol
Ma débile mentale perdue en son exil physique et cérébral
Joue avec le métal de son zip et la taule de corail apparaît
Elle s'y coca colle un doigt qui en arrêt au bord de corolle
Est pris près du calice du vertige d'Alice de Lewis Carroll

Lorsqu'en songes obscurs Marilou se résorbe
Que son coma l'absorbe en des rêves absurdes
Sa pupille s'absente, et son iris absinthe
Subreptissement se teinte de plaisirs sans l'attente

Perdu dans son exil physique et cérébral
Un à un elle exhale des soupirs fébriles parfumés au menthol
Ma débile mentale fait teinter le métal de son zip
Et narcisse elle pousse le vice
Dans la nuit bleue lavasse de sa paire de ‘Levi's’

Arrivée au pubis, de son sexe corail écartant la corolle
Prise au bord du calice de Vertigo, Alice s'enfonce jusqu'à l'os
Au pays des malices de Lewis Carroll
Pupilles absente, iris absinthe, baby doll
Écoute ses idoles, Jimi Hendrix, Elvis Presley, T-Rex, Alice Cooper
Lou Reed, Les Rolling Stones elle en est folle
Là d'ssus cette narcisse se plonge avec délice
Dans la nuit bleue pétrole de sa paire de ‘Levi's’

Elle arrive au pubis et très cool au menthol
Elle se self control son petit orifice
Enfin poussant le vice jusqu'au bord du calice
D'un doigt sex-symbol s'écartant la corolle
Sur fond de rock and roll s'égare mon Alice
Aux pays des malices de Lewis Carroll. »

Serge Gainsbourg - Variation sur Marilou (1976)
BONUS
— Je vais vous demandez une chose que vous allez me refuser.
— Abrège.
— Je voudrais un verre d’eau.
— Avec quoi d’autre ?
— Rien.
— Pause ton cul ici, je t’amène ça.
— Merci.
— Il reste encore des gens bien.
— Un prince.
— Voulez-vous que je vous paie un café ?
— Non merci. J’en ai déjà trop bu ce matin. Je sors de mon run, j’ai besoin de me réhydrater.
— Vous aimez la musique ?
— Oui.
— Quelle est votre année ?
— De naissance ou de conception ?
— Naissance.
— 76.
— Dragon.
— Dragon de feu.
— Ils sont quelque peu perfectionnistes et s'efforcent toujours de maintenir les normes élevées qu'ils se fixent. Les dragons de feu ont tendance à prendre les choses très personnellement. Ils sont extrêmement prompts à critiquer quiconque qui tentera de les ridiculiser. Comme Inès la tunisienne n’est-ce pas ?
— Exactement. Vous-la connaissez ?
— Je vous ai lu.
— J’espère pour elle qu’elle ne travaille plus dans ce genre d’endroit.
— C’est bien ici pourtant.
— Elle détestait ce qu’elle faisait. Il ne faut pas travailler dans l’hôtellerie quand on n’aime pas ça. Faut aussi faire gaffe dans les bars à Marseille. Ou alors le matin très tôt et que certains.
— Moi je ne fais que passer.
— D’où ?
— Je viens de Paris.
— J’y serai le mois prochain.
— Je sais, vous l’avez dis à Papacito.
— Moi je suis un peu plus vieille que vous. Vous vous paraissez bien plus jeune que votre âge.
— Ça avait posé problème à Cécile la franco-marocaine : « Même s’il n’a qu’un an de moins que toi, Tu vas dénoter avec ce type à ton bras. » Lui avait dit son père le marocain.
— Vous savez monsieur, c’est parfois difficile pour nous, plus que pour vous.
— C’est des conneries. Titouane m’avait dit de Christophe : « Tu vois Julien, ce type est pire qu’une gonzesse. Il n’a pas pris soin de lui et maintenant à 50 ans passé il ne peut plus se regarder dans une glace. »
— Le groupe de rock français de votre jeunesse ?
— Noir Désir.
— Je n'aime plus trop.
— C’est à cause de Marie ?
— Oui un peu.
— C’est ridicule, on ne se retient pas de lire ‘Voyage au bout de la nuit’ à cause des pamphlets de Louis-Ferdinand.
— C’est vrai. Je vais écouter la playlist PARIS.
— Good for you.
JULIEN ALBERTINI
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