MARSICO

JULIEN ALBERTINI
writer, visual artist(E) and photographer
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— Bonjour Mabrouk.
— Salut Julien.
— Ça c’est bien passé hier ?
— Oui. Tu viendras un autre jour et tu feras le job.
— Ça marche.
— Bon on a bien compris que c’était ton père qui était à l’origine de ce surnom, l’artiste, mais ce n’est pas le seul que tu es eu n’est-ce pas ?
— Oh non le tunisien. Il y a eu tub.
— On dirait le nom de scène d’un acteur de film porno.
— Non la rue. Thubaneau. J’ai habité là-bas au 27 avec Aline. Je venais de rentrer dans la vie active après avoir fini mon service militaire. On se connaissait d’avant. Nous étions étudiant chacun dans des BTS différents sur Le Bateau dans les quartiers nord. Elle en communication et moi en expression visuelle option image de communication. J’arrivais en première année et elle était déjà en deuxième année. Elle avait les cheveux courts et noirs. Elle était incroyablement belle comme toutes les personnes androgynes. Son sourire, qu’elle a toujours aujourd’hui et qu’elle a donné à ses enfants, pouvait réchauffer n’importe quelle ambiance, tous ses clients d’hier et d’aujourd’hui en sont garants. Nous avons écumé tous les cinémas d’art et d’essaie de Marseille avant de s’embrasser pour la première fois. Le Breteuil, Le Nouveau Paris et le seul qui existe encore Le Variété.
— Tu oublies Le César Julien.
— Oui tu as raison Aline… J’avais 3 ans de moins qu’elle mais on paraissait le même âge. Nous avons habité dans un duplex au dernier étage d’un immeuble fraîchement rénové. J’avais 22 ans, elle 25, et nous étions les rois du monde. La rue où nous habitions c’était l’ancienne rue de putes, et tub ça avait fait rire Beb, un ami à moi qu’Aline n’a jamais rencontré.
— Et TRIPLE M et sa variation TRIPLEAIM ?
— C’est Katou, une nîmoise.
— Une autre de tes ex’ ?
— Non grand Dieu, une grande sœur, avec un écart d’âge de cinq. En BTS, au lycée Saint-Exupéry, j’étais le plus jeune de la promotion et elle la plus âgée.
— C’est lequel que tu préfères ?
— Celui que je me suis choisi. Le méditerranéen.
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— C’est mon fils.
— Il est beau. Il est avec toi ?
— Non il est au bled avec sa mère.
— Tu ne le vois pas souvent.
— Pas assez. Mais arrêtons ce mélo et parle nous du Mexique, puisque tu as dit à Joaquin que le NINE FRAMES du jour porterait sur sa ville Mexico.
— MARSICO. Comme souvent ce n’est pas moi qui trouve le nom de mes projets.
— Tu as remarqué que ce sont tout le temps des femmes qui le font à ta place ?
— Oui c’est vrai. Le problème c’est que je me retrouve souvent à les mener seul.
— Et pourquoi ?
— Il se trouve que certaines ont imaginé des stratagèmes pour pouvoir m’approcher. Et les projets artistiques c’est mon talon d’Achille.
— Il y a pire comme approches déguisées.
— Je ne me plains pas.
— MARSICO serait donc une entourloupe que fomenterait Nathalia à ton encontre ?
— Non grand Dieu. Je ne pense pas qu’elle ait particulièrement envie de m’approcher, et des projets elle doit en avoir à ne plus savoir qu’en foutre. C’est juste amusant quand on sait ce qui s’est passé en 2015 pendant la fête des morts.

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— C’est moi qui reprend les opérations en mains.
— Mais tu es qui toi ?
— La fille de la caissière que tu croyais être la femme du patron. Tu n’as vraiment pas les yeux en face des trous.
— Mais comment tu me parles !? Tu as quel âge ?
— Je suis en CM1, fait le compte.
— Avec Mabrouk c’était cool, toi tu es en train de me…
— Hey l’artiste n’oublie pas à qui tu parles.
— Ta mère est d’accord.
— Oui tu lui as demandé.
— Mais on ne va jamais arriver à parler du Mexique Pu…
— Quoi ?
— Purée.
— J’aime mieux ça.
— J’ai déjà pratiqué le Maroc et la Tunisie, mais toi c’est autre chose.
— L’Algérie.
— Oh P… Et tu fais tes devoirs ?
— Non j’écris un livre.
— Moi aussi. Toi tu écris en parlant à ton mobile. Je ne sais pas faire. Tu veux que je te propose un deal ?
— Essaie toujours.
— Tu m’apprends à parler aux portables et moi je te transforme ton téléphone en machine à écrire.
— Deal.
— Je sens qu’on va faire de grande chose tous les deux. Tes parents ont tout compris.

QUE DE TEMPS PASSÉ EN SURFACE

PIM LE CHAT 1/1
« Que de temps passé en surface
Que de temps à ne pas s'encombrer
Du temps et des étoiles tombées
Que de temps passé en surface

Je me voulais léger, léger
Du plaisir sans se retourner
Ce plaisir ne m'allégeait pas
La beauté n'avait pas de bras

Je rêvais d'une vie de plumes
Ignorais la stèle et l'enclume
Je balayais mes propres traces
Que de temps perdu en surface

Que de temps passé en surface
Que de temps à ne pas succomber
Au spleen et aux étoiles plombées
Que de temps passé en surface

L'éphémère était mon crédo
Et hier, à la mauvaise place
Je n'aimais pas trop mon cerveau
Mon corps envahissait l'espace

Puis j'ai vu bouger la surface
Tout le temps venant à déborder
Je pensais ne pas y penser
Oui mais nos pensées nous dépassent

Et j'ai glissé sur la surface
Délesté de la légèreté
J'ai compté les étoiles tombées
Et claqué le temps perdu en surface

Que de temps passé en surface
Que de temps à ne pas s'encombrer
Du temps et des étoiles tombées
Que de temps passé en surface. »

Dominique A et Étienne Daho - En surface (2013)
4/9
— J’avais commencé à prendre des photos avec mon iPod Touch depuis peu. Je décidais d’aller payer mon respect à mes grands parents enterrés au cimetière Saint-Pierre. Je pars beaucoup trop tôt, je marche mal, mais je tiens la forme. J’arrive sur les lieux bien trop en avance. Il est 6 heures du matin et le cimetière ouvre à 7h30. Il y a de la lumière provenant du crématorium. Et là black-out. Je ne me rappelle plus de rien. Comment je me suis retrouvé dans le cimetière avant l’heure ? Est-ce que je suis passé en loucedé ? Est-ce qu’une personne du crématorium m’a laissé rentrer ? Peut-être que je me suis téléporté ? Je ne sais plus.
— Moi il faut que j’aille en classe Julien.
— Okay à très bientôt Nihel.
— Tu mens comme un arracheur de dents. Les algériens et les algériennes tu connais très bien, elles et ils t’ont aussi donné un surnom.
— Oui mais comment le sais-tu ?
— وادي
— On peut dire aussi ouadi.
— Je préfère oued. Il s'anime lors des rares et fortes précipitations. Le plus souvent à sec, il peut connaître des crues spectaculaires, charriant d'énormes quantités de boue, qui provoquent parfois des changements de lit. C'est pourquoi on dit d'un oued qu'il roule plus qu'il ne s'écoule. Allez je bouge l’artiste, à bientôt.
— Parler comme Wikipédia je sais aussi faire et Michel avait tout compris en étant franc-tireur à ce sujet.
— C’est bien la seul chose que j’aime chez lui, son rapport à la technique.

5/9
— À l’intérieur c’était le darkness mais sans la peur, comme dans le morceau qui fait l’introduction dans la playlist de 2011. On voyait au loin l’hôpital de la Timone avec des petites lumières crépitantes. Il faisait froid et sec. Et l’aurore est apparue, luisante, brillante et rosée, suivant l'aube et précédant le lever du soleil. Ce fût comme un commencement.
— Et là c’est quoi l’artiste ?
— C’est qui. C’est Le Robert Julien.
— Je ne pensais pas que nous aurais besoins de broder pour cette histoire.
— Je trouve le caveau de mes grand-parents. Santo.
— Le nom de la princesse napolitaine. Nous aurions pu être des héritiers toi et moi.
— Mais il aurait fallu s’appeler Jean-Claude.
— Et la sicilienne à dit : « On ne nous achète pas. »
— Le prince corse a adoré. Le père aujourd’hui regrette que la transaction n’est pas eu lieu. Il est faible et il a été marié à une femme forte. Pas puissante.
— Et nous nous sommes le fruit.
— Je prends des photos mais je ne poste pas. Je ne peux pas.
— Et oui tromblon, tu l’as déjà dit. Ton outil est un iPod Touch, sans possibilité d’insérer une carte SIM.
— Il faudra donc attendre d’être rentré à la maison.
— Le retour se fait comme à l’aller dans un désordre rythmique de foulée et de posés de pieds qui nous coûterons plus tard très cher.
— Nous y sommes, aucun signe de fatigue, tout excité de poster le fruit de notre labeur. Tout le monde dort encore dans l’appartement.

ONE, TWO, THREE, FOUR, FIVE, SIX, SEVEN, EIGHT, NINE, TEN


“Challenge, challenge.”

Carlos Reygadas - Post tenebras lux (2012)
6/9
— Notre premier c’était lequel ?
— C’était en 2007.
— Nous étions ensemble mais seul comme souvent.
— On s’était rendu compte de la force de la chose en 1993 quand tout était devenu bleu dans les yeux de Juliette.
— Quel âge avions-nous ?
— 15 ou 16 ans.
— C’était aussi notre première fois avec Delphine.
— Première fois pour elle aussi.
— Alors tu le craches le morceau.
— 21, mais tout léger. Nous sommes même retournés le voir accompagné.
— Et ensuite ?
— Rétrospective inversé avec les chiens.
— D’ailleurs il va falloir leur poser la question à toutes et tous là-bas. Pourquoi cette obsession avec cet animal au pays des olmèques ?
— Puis en désordre et non exhaustif.
— And your mother as well.
— Mamacita.
— No.
— Non non, ça c’est chilien, il n’y que l’acteur principal qui est mexicain.
— 2016.
— Oh oui.
— Alfredo nous avait dit : « Ce film c’est toi Julien. »
— Interdit au moins de 16 ans à sa sortie en France.
— Dans une région aussi sauvage c’est mérité.
— Putain si on pouvait mettre le nom d’Alfredo ça nous mettrait peut-être en orbite.
— Qui sait un jour il acceptera qu’on affiche son portrait fait en gare TGV d’Avignon sur notre site internet ?
— Je crois que la prochaine fois qu’on le verra, il nous le demandera à genou(X) pour la nouvelle version.
— Il nous le doit bien, à nous faire mettre à poils dans son salon et de ne pas arrêter de se marrer et avec son accent mexicain : « Alors toi tu veux y arriver. »
— “I want to make history.”
— ”Where do we start?“ Monsieur aime les TV séries pointues tirées au scalpel du début du siècle dernier nimbées d'électro.

7/9
— Tu as mis du temps à enfin parler de cette rencontre.
— Une de mes plus belles et dont je suis le plus fier.
— Nous étions donc rentrés au bercail et tout le monde dormait.
— Ça c’est bien notre fierté. Malgré les disputes à répétions et à toutes heures en se pendant à la fenêtre du quatrième étage pour nous faire croire qu’elle allait voler, ils ont toujours dormi vite et à poings fermés.
— À l’époque elle était en publique sur Instagram, ce n’est que depuis quelques année qu’elle est passé en privé, et elle m’a embarqué dans ses aventures.
— Mais aujourd’hui nous ouvrir la porte à @triplejulienalbertini, notre compte qui compte, cela représente plus. Elle doit se dire que je suis peut-être prêt ?
— C’est allé assez vite, il ne nous a fallu que 7 ans.
— Oula, ne crions pas victoire trop vite veux-tu ?
— Je postais mes images et à l’époque l’algorithme ne tordait pas tout. On voyait uniquement ce que les autres postaient dans le temps réel.
— C’était pertinent de poster de façon compulsive comme tu le faisais.
— Elles et ils m’ont pris pour un fou. Elles et ils n’ont rien compris.
— On parlera de l’écrasement des images sous un flux dense un autre fois l’artiste.
— Oui il vaut mieux Julien.
— Je poste donc et je regarde ensuite qui a fait de même.
— Elle aussi. La fête des morts mexicaine. C’est une toute autre biberine.
— Là aussi on ne développera pas, c’était juste plein de joie avec ce qu’il faut de violence.
— De mes souvenirs, nous avons conversé en publique dans les commentaires.
— Elle like une photo de mon plus jeune fils qui joue sur son iPod.
— Oui ils m’ont rejoint, ils sont là autour moi. Ils se couchent et se lèvent tôt.
— Est-ce que je lui parle de Carlos ? De sa performance d’actrice avec lui ? Je suis lourd mais je ne vais pas jusqu’à lui dire que je la trouve belle.
— Je dis projet.
— Elle répond MARSICO.
— Et bien soit, il en sera ainsi. J’arrive.
— Peut-être que tu pourrais dire son nom pour une fois ?
— Nathalia Acevedo.

8/9
— C’est tout Julien ?
— Tu sais très bien que non l’artiste. Corée.
— Séoul.
— Si le lien se fait entre Bruno et Carlos, il se fait aussi entre Mexico et la capitale du pays d'Asie de l'Est.
— Sans conteste les deux meilleures nations de cinéma de notre époque contemporaine.
— La même qu’avec le Mexique.
— Oui mais avant il faut expliquer Bruno.
— J’ai rencontré Carlos et Bruno au même moment, et avec les deux j’ai fait des rétrospectives chronologiques. La série de Bruno pour Arte, seulement la première saison, c’est juste hilarant. Même la franco-marocaine s’est pissée dessus et l’a fait voir à son fils malgré la femme morte nue et enchaînée à un caillou que nos petites têtes blondes ne voient pas parce que c’est bien fait.
— C’est parti. Le vieux garçon. 2003. Faut oublier l’adaptation de Spike.
— Oui, c’était mieux quand il faisait ce qu’il fallait faire plutôt que de faire le guignol à Cannes habillé comme l’as de pique.
— Tu parles trop, tu me donnes soif.
— Mon film de vampires préféré. Je n’aime pas trop employer cette expression, mais je ne vois pas qui pourrait détrôner Park Chan-wook.
— Va trouver le prénom là-dedans.
— Deux scènes.
— Celle de la transformation.
— D’elle. Et celle des chaussures.
— La mer jaune. 2010.
— Le chasseur. 2008. Avec les mêmes acteurs mais en inversé. Et le réalisateur qui était scénariste dans le premier.
— Et pour couronner ‘Blood and bones’. 2004.
— Japonais le réalisateur.
— Oui, une sorte de pied noir venu du pays divisé depuis 1945.

NADA VA VOLVER A SER IGUAL


“Lo que estalla en la cabaña es la parte primitiva de todos.”
Fernando Corona

Amat Escalante - La región salvaje (2016)

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— J’ai été perdu à ton sujet. Je n’ai jamais su si tu te rendais compte ou pas. Est-ce que tu planes ou est-ce que tu as tes deux quilles plantées dans le sol ? Après avoir fait son portrait dans la rue, j’ai proposé à Manu de continuer à faire des photos en lui disant que ça pourrait lui faire du bien. Il habite dans le quartier ou je vis en ce moment. Il était une figure du cours Julien quand j’avais la vingtaine. Après je suis parti en Afrique australe. Je devais rester 3 mois, ça a duré 6 ans. Sa femme est morte et lui a eu un grave accident un mois après. Il y a aussi cette phrase du podologue : « Vivre fait mourir. » J’ai laissé encore beaucoup d’affaires chez toi dont ma sono. C’est la première chose que je me suis achetée à la perception de mon premier salaire en 1998. Tu peux la garder. Ce que je veux c’est toujours la même chose. Ma capote de voyage pour mon sac grand format. Elle tu me la dois. Si tu veux avoir solde de tout compte avec moi, il faudra que tu en passes par sa conception.
— Ça va Julien, c’est sobre et compréhensible. Mais pourquoi avoir mis cet auto-portrait de nous avec un regard si noir ?
— Parce je pense qu’elles et ils croient que je me suis ramolli l’artiste, alors que je suis remonté comme une horloge.
BONUS
— Ça te plaît ce que je te mets dans les oreilles Julien ?
— Ouais c’est bon. Et tu n’hésites pas à mettre le volume Hakif.
— Faut ce qu’il faut l’artiste.
— Ça vient d’où ?
— Syrie ou Liban.
— Et toi ?
— Turquie mais née à Marseille.
— Je vais revenir.
— Tu es le bienvenu.
— J’ai demandé au jeune de chez Hatem un fauteuil roulant pour prendre les photos qu’il veut que je fasse dans le 15ème arrondissement demain.
— À cause de ta périostite.
— J’espère que ça ira mieux. On ne se serait jamais rencontré sans elle. Tu m’aurais vu ce matin dans le métro, j’ai même essayé de marcher en moonwalk comme Michael pour voir si c’était moins douloureux comme ça.
— Tu vas photographier quoi ?
— Ce que je préfère.
— Une femme ?
— Non des enfants.

DABKE ANTAKYA-HATAY

JULIEN ALBERTINI
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