pour une lecture plus confortable, il est conseillé aux utilisatrices et utilisateurs sur mobile d'incliner leurs appareils horizontalement, et de fait sortir au préalable d'Instagram
LE FLUX ET LE REFUS
tome 2
LES MARLOUS
préambule pour Stéphanie
VERSION NON-RELUE ET NON-CORRIGÉE PAR UNE AUTRE PERSONNE QUE L'AUTEUR
À : Franck
CC :
Cci :
Répondre à : ne_pas_repondre@julienalbertini.com
Objet : PRÉAMBULE POUR STÉPHANIE
Salut l’ami. Cette fois-ci c’est une certitude, je suis bien meilleur photographe que toi : « Mais t'es un fou l'artiste, t'as toujours pas de majuscule au titre que tu t’attribues et tu viens fanfaronner. Qu'est-ce qui peux bien te faire penser que quelque chose à bien pu changer à ton sujet ? Faut te faire soigner mon pauvre. Après ton pétage de plomb avec ma fille en 2020 n'espère pas être encore mon ami, va te faire foutre pauvre clown. »
Oui tu as raison pour la majuscule, toi et moi on sait bien la signification péjorative de ce mot quand il est accompagné de son article défini, tout particulièrement à Marseille. Sur mon dérapage non contrôlé, tu as encore raison, et crois-moi, si tu étais au courant de tout, tu n'aurais même pas daigné me répondre. Ce qui a changé c'est mon site internet. Ce n'est plus ce truc informe qui n’était qu’un outil de classification à défaut d’une plateforme pouvant me permettre d'exposer mon travail correctement. J'ai posté ma première photo sur Instagram en 2015 et nous nous sommes connu en 1998. J'étais graphiste à l'époque et j'ai commencé à m'assumer comme artiste photographe en 2017 : « Avant j'étais appliqué, maintenant je suis plastique. » T’avais-je dit.
Mon site est à présent une zone d'exposition. J’adore accrocher mes œuvres au mur, mais ça n'est plus indispensable et paradoxalement c'est la raison pour laquelle je vais recommencer à exposer, et aussi à voyager. Plus besoin de prendre de photos. Je peux aussi reprendre la marche et perdre les kilos que j’ai en trop sans avoir à shooter les images qui viennent à moi. J’en ai assez à présent pour pouvoir écrire toutes les histoires que j'ai envie de raconter. D'ailleurs je te l'annonce, je reprendrai mon activité de photographe sérieusement que lorsque j'aurai fini d'écrire l’histoire qui me trotte dans la tête depuis mon adolescence. 97 zero quatre. Je faisais mon service militaire et je relisais ‘Des fleurs pour Algernon’ de Daniel Keyes. Je voulais en faire une adaptation que j’aurais voulu appeler ‘Ma souris’. Il y a trois ans c’est Hélène qui m’a donné le titre définitif sans le vouloir. LE FLUX ET LE REFUS. Et bien c'est grâce à ce qu'il est de bon ton d'appeler à présent L'affaire Hanouna-Boyard que le déclic s'est produit.
Plus besoin non plus de reproduire mes images en dessin au stylo Bic et au pastel gras pour valoriser mon statut d’artiste à celles et ceux qui sont incapables de donner une valeur à une photo, qui plus est quand elle est prise avec un téléphone mobile : « Combien de temps ça t’a pris pour faire ce dessin Julien ? » M’avaient-elles et ils demandés plusieurs fois. Je leur avait répondu : « À partir de combien d’heures tu me l’achètes ? » Elles et Ils m’avaient répondu : « Tu sais moi Julien je n’ai pas d’argent pour ça ? » Moi : « Ah bon et pourquoi tu demandes alors ? Tu crois que je suis là pour amuser la galerie ? » Ces parasites n’arrêtaient pas de parader sur mes lieux d’expositions en me disant au combien elles et ils adoraient l’art : « Achète si tu aimes ça ? » Elles et ils : « Ah non, je ne peux vraiment pas. » C’est les mêmes qui n’arrivaient à mesurer la valeur d’une photo qu’à sa taille. Elles et ils habitent dans des appartements de taille modeste saturés par des objets inutiles, mais elles et ils voudraient des tirages pour accrocher dans des musées et surtout elles et ils ne comprennent pas que je puisse vendre une photo au même prix quelque soit sa taille. J’ai aussi changer mes règles de vente sur mon site, mais je suis resté sur mes fondamentaux. La reproduction en dessin c’est aussi pour pouvoir montrer ce qui n’est pas permis de montrer. Mais pour assurer mes arrières j’ai mon sticker magique ‘Kiss Kiss Gang Bang’. C’est la franco-marocaine qui m’avait donné l’idée cette fois. Je réserve à présent mon activité en dessin uniquement durant les périodes d’exposition pour faire le show. Il faut toujours avoir un truc à faire pendant ces moments là, sinon on devient fou à attendre que les gens viennent, le calimero de Bourgogne en sait quelque chose. Lui c’était la bibine.
Tu connais peut-être Lolo, le patron du Lounge Étoilé sur le boulevard Baille ? Ce sont les mêmes avec Hanouna. Il m'a craché à la figure ce fils de pute. Pour une photo. Et circonstance aggravante, en pleine période de Covid-19, sans qu’un quelconque vaccin existe à cette époque. Lui, son associé Stevie, Nacer le patron du bar La Barjavelle au Panier et un petit con dont je ne connais même pas le nom qui était là pour donner main forte à ses anciens patrons, Lolo et Stevie, qui sont devenus ses souteneurs au Deux-tiers au carré, un autre bar, aussi sur le boulevard Baille.
Si j'ai toujours voulu mes œuvres comme des armes de poing, je leur réserve le chien de ma chienne avec mes mots aux marlous des nuits marseillaises. Premier chapitre : Touche Pas à Mon Patron. Si je mène ce projet à son terme, mon roman sera en libre téléchargement sur mon site et ils n'ont plus qu'à prier que je ne trouve jamais d'éditeur. Il ne faut pas croire que je rumine depuis plus deux ans sur cette mésaventure. Tout ce temps là, quand j’y pensais, c’était plutôt : « À quoi bon Julien. » Ce n'est pas une banale histoire de vengeance, d'autres méritent bien plus ma vindicte que ces empafés bouffis par l'alcool. Celles et ceux que je décide d’épargner peuvent être tranquilles, elles et ils n'auront droit qu'à mon dédain et ça pourrait se révéler bien plus violent pour celles et ceux-là si tout se passe comme prévu dans quelques années.
Je leur avais proposé de mettre un genou à terre après qu'ils m'aient craché à la figure et volé mes affaires dont un triptyque panoramique transformé que j’avais laissé sur la table des négociations. Aucuns d'eux n'a eu la sombre idée de lever la main sur moi ce jour-là. Ils auraient voulu que je pète un plomb et que je leur rentre dans lard à quatre contre un. Ils sont tarés ces types ! Je les ai plutôt fixé les uns après les autres en souriant la figure dégoulinante de leurs crachats. Tu te serais marré comme moi quand après que j’eu tourné les talons, Stevie m'a rattrapé sur le boulevard en bombant le torse devant moi pour me montrer son poing. Nacer, le vieux briscard, a bien compris qu'il valait mieux retenir la revue de mode aux tatouages en coordonnées qui passe sont temps à s'admirer dans les miroirs de son bar. La première fois que je lui avais adressé la parole c’était en 2015 et je ne savait pas que c’était l’un des patrons : « C'est bon t'es beau, tu me sers un demi s'il te plaît. » Il s'était exécuté et avait monté le son de sa playlist de reggae pourri qu’il faisait tourner dans son bar pour se redonner du cœur à l'ouvrage après le petit soufflé pas bien méchant que je venais du lui mettre. Il n'y avait que lui et moi au comptoir, j’ai tout de même un minimum de savoir vivre.
Je leur ai demandé poliment de me rendre mes affaires, et que s'il y avait eu de la casse, il suffirait qu'ils me remboursent. Ils ont dû jeter toutes mes nippes dans le caniveau. J'ai réussi à récupérer ma carte d'identité aux objets trouvés. J'aurais pu porter plainte et nous aurions dû exposer devant la police des faits que je vais maintenant mettre sur le papier, et ils comprendrons que le brulot que je leur prépare aura une autre gueule qu'un dépôt devant agent du maintien de l’ordre. Je leur ai laissé la possibilité de m'attraper encore les couilles en leur proposant de mettre un genou à terre en leur laissant une main de libre, mais à présent c'est à genou(X) qu'ils vont ramper devant moi et avec les mains au sol.
Il faut que je te laisse l’ami, j’espère que Stéphanie va bien vouloir répondre à ce message qui t’était adressé. C’est elle qui a écrit le texte qui est en ligne sur la page (RE)present de mon site internet. Je m’en suis servi pour la première fois lors de la promotion de ma dernière exposition au Bistroquet sur l’avenue Eugène Pierre en décembre 2020. Nous avions sympathisé trois mois auparavant juste avant l’exposition que j’avais donnée au Panier dans un studio loué en Airbnb. Nous faisions la queue pour acheter des clopes place de Lenche. Je l’ai abordée en lui disant que je l’avais remarquée sur le boulevard de La Libération à l’arrêt de bus devant l’atelier de l’ébéniste. Elle a été surprise et elle s’est souvenue qu’elle était bien à cet endroit deux jours auparavant. Elle a rit et je lui dit : « Je suis photographe, je peux faire ton portrait ? » Elle m’a répondu : « Oui mais quand ? » Je lui ai répondu : « Maintenant. » Elle : « D’accord. » J’ai pris la photo et j’ai dégainé ma carte. Elle l’a prise et m’a remercié. Je lui ai souri, elle m’a souri et je suis sorti du bar-tabac. La tunisienne m’attendais en terrasse, nous venions de nous disputer. J’aperçois alors la serveuse qui attendait devant l’entrée du bar où nous étions installé Inès et moi. Elle était telle une déesse grecques portant son plateau, prête à partir au combat. Je lui dit : « Ne bouge pas. » J’ai mis un genou à terre et tu me connais, one shot. J’ai bien suivi ton adage : « La photo c’est comme le tire à l’arc Julien, chaque photo est une flèche. » Il se trouve que je tire plus que toi, mais sans pour autant tenir une mitraillette entre les mains, juste un petit revolver Smith et Wesson modèle 36, alors que toi tu en es resté au mousquet d’infanterie française Charleville modèle 1768. Je ne me rappelle pas avoir laissé ma carte à la serveuse. Je me suis redirigé vers la table où Inès m’attendait. La scène l’avait fait rire, tout particulièrement ma mise de genou à terre pour prendre le cliché. Le calme était revenu et notre dispute n’était plus qu’un souvenir. Deux jours plus tard, Stéphanie laissa un commentaire sur le portrait d’elle que j’avais posté sur Instagram quelques heures auparavant. C’est mon texte (RE)present. Il faudrait que sa réponse soit aussi courte et percutant que son texte précédent. Mais si elle pouvait éviter les comparaisons trop élogieuses : « En fait, lui, c'est un peu le Philippe Djian de l'image. » Surtout que je n’ai lu qu’un de ses livres, ‘Chez les blancs’, je n’ai même pas fait l’effort de lire ‘37°2 le matin’. Je me suis suffit de la première prestation de Béatrice Dalle en 1986 dans le film de Jean-Jacques, quand elle n’avait pas encore la bouche botoxée jusqu’aux oreilles. La franco-marocaine avait aussi écrit un texte sur mon travail m’avait-elle dit. Elle n’a jamais voulu me le faire lire. C’était mignon, un petit non de la tête le menton baissé avec un air de petite fille à quarante ans passé. Je me rappelle aussi de la parisienne cartomancienne qui m’avait dit que mes photos lui faisaient penser à des tableaux de Vincent : « Ah ouais, tu pourrais m’écrire un texte sur ce que tu viens de me dire ? » Lui avait-je demandé. Elle avait accepté, mais elle n’a pas eu le temps de s’exécuter, je lui ai coupé la tête avant. « Prépare-toi à ce qu’on écrive sur ton travail Julien. » M’avait amicalement averti Hélène. Elle aussi me l’avait fait à l'envers, le plus gros contre-pied que j'ai eu à subir : « Je ne suis pas ta mère Julien. » Je lui avais répondu : « Il n’est pas encore temps de parler de la sicilienne née à Tunis madame la professeure d'art appliqué qui m’a enseigné l’art plastique en terminal F12. Mais n'oublie pas que tu n’as que six ans de plus que moi petite. Tu avais vingt-trois ans lors de ta première année à l’éducation nationale au lycée Denis Diderot. Ta première année à Marseille. Tu t'étais fait courser au Panier parce que tu avais pris des photos avec ton Leica. J'étais ton meilleur élève. On se re-croise il y a six ans et je te montre ma mosaïque par trois sur Instagram. » Accrochée elle m’avait dit : « C’est cinématographique. » Je lui avais répondu que je voulais laisser une trace, elle m’avait répondu que ce n'est pas important. Elle se mets à me parler de l'éphémère en touchant l'écorce de l'arbre qui est à côté de nous : « Tu m'emmerdes à me prendre en contre-pied juste pour faire la maline. Tu es devenue une bonne marseillaise comme la tunisienne. Pauvres filles. » Il prennent vite le pli tout celles et ceux qui viennent s’encanailler dans cette ville qu’il prennent pour ce qu’elle n’est pas. Si tu veux du soleil, de la culture et du football c’est à Barcelone qu’il faut aller, je suis sûr que le marseillais que tu es comme moi est d’accord avec ça, toi qui n’aime pas ce sport mais dont le travail emblématique repose sur les supporters de l’OM. Cette ville n’est pas culturelle, elle est identitaire : « Bonjour monsieur, que puis-je pour vous ? » Moi : « Je cherche cette zone industrielle mais je crois que ça va m’obliger à sortir de la ville et je ne sais pas quel bus prendre. » Lui : « C’est facile et plus rapide comme ça. Vous prenez ce tramway dans ce sens et après vous demandez. Il vous faudra marcher un petit peu. Vous venez d’où ? » Moi : « De Marseille. » Lui : « Vous n’avez pas l’accent, c’est dommage. » Tu vas me dire, les bouseux du Mans ne valent pas mieux. Hélène continue. Je lui ai dit ‘le flux et le reflux’, elle me répond LE FLUX ET LE REFUS. Bingo. Elle me dit qu’elle me trouve beau, mais c'est une simple remarque esthétique. Elle me dit qu’il faut que je performe avec cet atout, ne pas avoir de scrupule si je veux arriver à mes fins. Dans la rue près du platane, elle s’est rappelé comment j'étais plus jeune. Plus timide, mais gentil en comparaison avec les deux Remy et Colin. J'ai revu les deux premiers, l'un la face rougie par l'alcool et le second gros comme un porc se pavanant avec ses principes marxistes en Luttes Ouvrières. Je l’ai invité à venir chez moi pour venir voir mon travail plus en détail. Elle a accepté, j’ai tout préparé et elle m’a posé un lapin quelques heures avant le rendez-vous. Elle m’a parlé de son frère. Elle me raconte n'importe quoi. Faut dire qu'elle est un peu fêlée. Maintenant elle a peur de moi, alors qu'elle n'a jamais eu rien à craindre : « Il faut que tu fasses un bouquin avec ces photos Julien. » M'avait-elle dit lors de ma dernière exposition au Bistroquet : « Laisse-moi faire un portait de toi Hélène, je ne t'ai jamais prise en photo. » Elle m'avait répondu : « D'accord mais je garde le masque. » J’avais dit à la tunisienne que parfois quand elle parlait c’était comme de la poésie. Elle m’avait répondu timidement : « On me l’a déjà dit. » Quelques jours plus tard, elle m’avait lu un texte qu’elle avait pondu en sortant de son service. Je n’avais pas su quoi dire. Elle a compris que c’était aussi mauvais que les gouaches qu’elle avait peintes et accrochées à ses murs à la suite d’un rêve. Elle ne s’est plus jamais réessayé à l’exercice. Comme si mes premières photos avaient un quelconque intérêt : « Vos dix mille premières photos sont vos pires. » m’avait répété Henri lors de mes premiers runs dans les rues de Marseille. Une périostite au tibia gauche m’avait aussi prévenu au corps. Maintenant je gère plus ou moins avec les conseils de Marcel, le patron du New Institut Longchamp, la plus vieille salle de musculation de Marseille, sur le boulevard du même nom. Chaussettes de contention que j’ai remplacées par des chaussettes de foot pour que ça serre moins : « Ne les porte pas tout le temps, sinon tu n’arriveras plus à marcher sans. » M’avait-il dit. « ‘Ginkor Fort’, deux gélules par jour Julien, c’est surtout quand il fait chaud, c’est pour fluidifier ta circulation sanguine, mais il faut commencer le traitement un mois en avance si tu veux que ce soit efficace. En cas de crise hémorroïdaire, tu augmentes la prise petit. Six gélules par jour durant six jour. » Je lui avait répondu : « Comment tu sais Marcel ? » Il m’avait répondu : « Je sais, c’est tout. Et tu évites de marcher en canard, tes pieds doivent rester parallèles à la route l’artiste. » Avec le recule ce devait être les vapeurs de l’alcool qui avaient donné aux mots d’Inès ce faux-semblants poétiques. Sa voix surtout, qu’est-ce qu’elle était belle. Étouffée, changeant de tonalité parfois, des allers-retours oscillants entre basses et aigus résonnants dans un petit corps menu d’une femme de quarante cinq ans qui en paraissait trente. Stéphanie m'a dit un jour : « Julien, celles et ceux qui jouent n’aiment pas toujours le jeu. » Je lui avait répondu : « Tu connais mon père ? » C’est de loin avec elle que je me suis le plus amusé ces dernières années. Quand cette femme écrit, ça peut être de tendres caresses comme des coups de poings dans le bide.
LE FLUX ET LE REFUS
tome 2
LES MARLOUS
préambule pour Stéphanie
WITHOUT COPYRIGHT - 2023 JULIEN ALBERTINI. ALL RIGHTS UNRESERVED.